Des lampes et des danseurs en révolution permanente

LE MONDE | 07.11.2013 | Par Rosita Boisseau

Avant même que le spectacle Quantum, cosigné par le plasticien Julius von Bismarck et le chorégraphe Gilles Jobin, ne débute, les quatre lampes industrielles planant sur le plateau du Théâtre de la Cité internationale, à Paris , commencent doucement à tourner sur elles-mêmes. Leur rotation va s’emballer , plus vite, plus loin, plus fort, jusqu’à ce qu’elles semblent tout bonnement prises de folie, comme vivant d’une vie propre et livrées à elles-mêmes.

Cette chorégraphie d’objets, qui par ailleurs servent aussi à éclairer la scène, joue au ping-pong avec celle de six danseurs. Les deux s’imbriquent de façon organique pour ne faire qu’une seule bulle de mouvements qui se réverbèrent les uns les autres. Inspiré par la physique des particules et né lors d’une longue résidence de travail dans le fameux laboratoire de physique du CERN, à Genève, Quantum ouvrait, lundi 4 novembre, l’opération « New Settings », qui se déroule jusqu’au 17 novembre, sous la houlette de la Fondation d’entreprise Hermès.

Cinq spectacles sont à l’affiche. Tous imbriquent la pratique plastique et chorégraphique. Créé au festival Montpellier Danse, en juin, Qu’est-ce qui nous arrive ? ! ?, de Mathilde Monnier et du dessinateur François Olislaeger, épatant coup de griffe graphique opéré par Olislaeger sur quinze danseurs amateurs, donne une profondeur élastique au plateau et aux corps. Il invente un concept de bande dessinée en direct et en trois dimensions, qui joue à l’accordéon entre trait et chair.

TEXTURE SERRÉE MAIS FLEXIBLE

L’exception de ce programme s’intitule Systema Occam, pièce pour cinq interprètes que signe seul le plasticien Xavier Veilhan. Autour d’une œuvre pour harpe de la compositrice contemporaine Eliane Radigue, Veilhan a troqué son geste monumental contre celui d’un Petit Poucet artisanal. Dans la pénombre, il égrène une série d’actions modestes – allumer des bougies, marcher en portant une sculpture sur la tête, jouer avec des cubes en tapant sur le plateau – pendant qu’un rameur actionne l’allumage de mini-tubes de néon blanc. Un rituel spectral entre amis qui ne manque pas de charme même s’il flirte avec la private joke.

En passant de la coquille Systema Occam à la constellation Quantum, on change d’échelle et de luminosité. Les perspectives ouvertes par la physique des particules à Gilles Jobin ont donné une texture nouvelle à sa danse. Serrée mais flexible, légère mais consistante, elle propulse un flux sans cesse redistribué dans un feuilleté de formes en mouvement permanent. Sur une musique épatante de Carla Scaletti, les circonvolutions se font douces et fascinantes.

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